lundi 30 janvier 2023
par  pontoisensemble

Les Hauts de Marcouville : 50 ans et une ANRU pour avoir enfin la pleine citoyenneté

Grâce à l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine pilotée par l’Etat, le sentiment d’exclusion des habitants du grand ensemble des Hauts de Marcouville a été enfin pris en compte.

Au terme de l’opération la voirie de leur quartier deviendra publique comme celle des habitants d’autres quartiers de Pontoise. La Ville y sera enfin en charge de la sécurité, des réseaux, de l’entretien des rues et espaces verts.

Un projet hors d’échelle

La construction de ce grand ensemble s’est faite au milieu des années 1970 sur un concept qu’on pensait encore comme étant le progrès. Tel les « cités radieuses » du Corbusier, il devait fonctionner de façon autonome, comme un grand paquebot, avec beaucoup d’équipements et de circulations sous le pont principal : la dalle piétonne.

Et pourtant dans une ville d’à peine plus de 26 000 habitants en 1975, ce grand ensemble devait abriter environ 3 500 habitants dans plus de 1000 logements. Comment avait-il pu sembler « normal » que ses rues internes, ses espaces verts, ses mille et quelques places de stationnements, relèvent de la seule responsabilité de ses propriétaires réunis en ’Association syndicale libre’ ? Cette (ASL) des Hauts de Marcouville regroupe les 3 copropriétés privées et le bailleur social, acteur prédominant puisqu’il possède à lui seul 700 logements. La Ville n’y est partie décisionnaire que pour 2% des voix, au titre de ses équipements municipaux : maison de quartier, crèche, installées au milieu de la dalle.

La résidence des Hauts de Marcouville, zone de non commune

Qui peut s’étonner que dès le départ le quartier n’ait jamais vraiment bien fonctionné malgré la qualité des logements ? Les charges ont toujours été bien trop lourdes pour (mal) entretenir et (mal) surveiller les espaces de circulation à l’air libre entre les immeubles. Dans les villes françaises traditionnelles ces espaces qui animent la vie sociale et donnent accès aux services publics des crèches et maisons de quartier sont appelés rues, places, squares. Ils sont à la charge de la commune qui les contrôle.

Des difficultés inévitables

La collecte des ordures ménagères, faite en souterrain au plus près des descentes de vide-ordures de chaque cuisine, a justifié la création d’un quasi périphérique souterrain desservant tous les parkings résidentiels dans un réseau à l’abri des regards : c’était favorable à tous les trafics, ce qui n’a pas manqué.

On se doutait dès les années 1970 que les recoins des grands parkings publics étaient facteurs d’insécurité. Le parking Canrobert près de la gare de Pontoise en a longtemps souffert. Il n’y avait aucune raison de penser que « par la magie de la propriété privée » celui des Hauts de Marcouville qui comporte plus de mille places, de surcroît souterraines, échapperait à la règle. Incidents et incendies y étaient multiples avant celui de la nuit du juillet 2020.

Une agence nationale pour corriger les erreurs urbaines

Ces erreurs de conception urbaine ont été multipliées en France dans les années 1970 et 1980. Elles pensaient pourtant éviter les pièges du malaise des grands ensemble qualifié de « Sarcellite ». Ces réalisations ont posé tant de problèmes économiques et sociaux qu’une Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) a été créée en 2003 "pour corriger le tir".

L’Anru est le guichet unique destiné à simplifier les procédures de financements qui sont extrêmement lourdes pour la plupart des grands ensembles, surtout quand ils sont construits sur une dalle. Les programmes de rénovation doivent être étudiés de façon approfondie avec tous les acteurs du territoire dont les habitants.

L’objectif général de l’Anru est d’accompagner des projets urbains globaux pour transformer les quartiers en profondeur en réinsérant les quartiers dans la ville. Il s’agit d’y créer de la mixité sociale dans l’habitat en mettant fin à prédominance absolue des propriétaires HLM dans un secteur. Il s’agit aussi d’y introduire une mixité des usages en diversifiant les fonctions au-delà du ghetto résidentiel du seul habitat. Il faut pour cela que commerces, activités économiques, culturelles et de loisir soient effectivement accessibles et ouverts à tous les citoyens. Ils doivent pour cela être desservis par un espace public, en bordure de quartier et non plus cachés au centre d’une résidence privée..
Réunion publique sur le projet ANRU du 6 Décembre 2022
Réunion publique sur le projet ANRU du 6 Décembre 2022

C’est bien ce qu’on lit dans le projet Anru pour les Hauts de Marcouville à Pontoise qui est présenté dans le magazine municipal de janvier 2023. Il s’agit d’y réorganiser les accès et circulation et de les ouvrir aux non-résidents en retrouvant le niveau du sol : cela implique de supprimer certaines parties de la dalle. Il s’agit d’y réinstaller en bordure d’une place publique à créer les commerces et services ouverts à tous (crèche, maison de quartier) que le projet initial n’avait pas su placer.

Des citoyens inégaux

L’erreur architecturale des Hauts de Marcouville a été considérablement alourdie par l’échec sociétal d’une répartition inéquitable des responsabilités privées et publiques et des charges qui en découlent. Cela a été très vite manifeste. Dès la fin des années 1970 les habitants des Hauts de Marcouville se sont plaints de n’être pas traités comme les autres Pontoisiens.

Les aides ponctuelles de la Ville type rénovation de la maison de quartier et de la crèche, transformation du parking extérieur et de l’escalier d’entrée, d’aides maximisées au ravalement, de modification du parking extérieur municipal ne changeaient rien au fait que les résidents du grand ensemble payaient de leur poche ce que d’autres Pontoisiens payaient par leurs impôts.

Les élus minoritaires s’étaient à plusieurs reprises fait l’écho de cette situation d’inégalité, responsable selon eux d’une bonne partie des difficultés du quartier. Les résidents des Hauts de Marcouville n’auraient jamais dû avoir à assumer des responsabilités et des charges relevant de la Ville pour les autres quartiers. Il ne s’agissait pas d’une résidence privée mais d’un secteur réunissant autant d’habitants que, par exemple, le centre ancien de Pontoise, pour une surface similaire. C’est ce qu’a prouvé l’instruction du projet de rénovation urbaine qui fut présenté à l’approbation du Préfet du Val d’Oise.

Au fil des ans les quatre maires successifs n’ont pas su, ou voulu, ou pu sortir de la conception initiale. Nous pouvons citer Philippe Houillon pendant ses trois mandats : « c’est un espace privé ». Selon lui les espaces intérieurs du grand ensemble relevaient essentiellement des propriétaires des logements.

La rénovation urbaine

Stéphanie Von Euw est devenue maire de Pontoise en mars 2020 peu de temps avant un incendie qui aurait pu être dramatique en juillet 2020. Ce Nième sinistre a activé l’étude approfondie des modifications architecturales et administratives à apporter à ce grand ensemble dysfonctionnel à plus d’un titre. Le journal municipal de janvier 2023 présente donc le projet de rénovation urbaine qui a reçu l’aval du Préfet du Val d’Oise. Lors d’une réunion avec les habitants le 6 décembre 2022 la maire de Pontoise a reconnu que la reprise par la Ville des circulations internes des Hauts de Marcouville était la condition express de cet accord.
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Ainsi, il aura fallu l’appui fort de de l’Etat, pour que la Ville de Pontoise accepte enfin que Les Hauts de Marcouville deviennent un vrai quartier pontoisien dont les voiries sont de sa responsabilité. Ce qu’elle fera "au terme de cette rénovation urbaine", entre 2026 et 2032 avec un retard de... cinquante ans !

Pontoise Ensemble avait accompagné les réflexions préalables au démarrage officiel de cette opération ANRU. Pour mémoire quelques-uns de nos articles :

http://www.pontoisensemble.asso.fr/Deuxieme-reunion-prophetique-des-habitants-de-Marcouville-le-12-Juin-2020

Annonce de la réunion publique du 24 Mars 2022 : Marcouville-quel-Avenir ?

Compte rendu de la réunion Marcouville-quel-Avenir ?


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