Cergy-Pontoise, campus étudiant ou ville pour tous ?

dimanche 4 novembre 2018
par  Bénédicte ARIES
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Les ambitions affichées par le Président du conseil d’agglomération, le Président de l’Université de Cergy-Pontoise et celui de l’Essec sont immenses.

La Communauté d’universités et d’établissements Paris-Seine vise à devenir une université mondialement reconnue. Cela laissera-t-il aux habitants du centre de la Communauté d’agglomération le sentiment de vivre dans une vraie ville ?

Une importante population étudiante

Notre agglomération de 200 000 habitants abrite 30 000 étudiants en incluant les formations supérieures dans les lycées. Le Président de l’agglomération au Conseil du 2 octobre 2018 a rappelé que la particularité du pôle étudiant de Cergy-Pontoise est qu’il s’agit à 50% d’étudiants du secteur privé non lucratif. Le projet envisagé est d’accueillir pas moins de 10 000 étudiants supplémentaires et 1000 enseignants chercheurs pour la Communauté d’université et d’établissements Paris Seine (ComUE).

C’est ce projet qui a été décrit devant les élus communautaires lors du Conseil d’agglomération du 2 octobre 2018, à l’invitation de son Président, Dominique Lefèvre.

ComUE-Paris Seine

Le projet de la Communauté d’université et d’établissement qui rassemble l’Université de Cergy-Pontoise (UCP) et divers établissements d’enseignement supérieur a choisi de s’appeler Université Paris-Seine. Reconnaissons qu’avec Paris-quelque chose, le nom devient plus porteur que tout autre pour les classements internationaux.

Sur un secteur géographique assez large, qui va de Cergy à Versailles, elle fédère plus d’une dizaine d’établissements d’enseignement supérieur variés, commerce, ingénierie, architecture, paysage, sport, art, etc. Tous se sentent un peu laissés de côté par les grands projets très parisiens qui ne veulent que Paris-Saclay comme pôle de développement universitaire prestigieux. Cette union des encore petits veut intégrer le "top 200 des universités mondiales ici 10 ans" a déclaré François Germinet, le Président de l’UCP.

Le Directeur général de l’Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec), Vincenzo Vinzi, a rappelé à l’ensemble des conseillers d’agglomération présents l’histoire cergy-pontaine de cet établissement d’enseignement supérieur privé à but non lucratif. Il s’est installé dans un terrain presque vague à Cergy dès 1973 et son développement actuel l’a porté à "6 000 étudiants dont 30 % internationaux et 700 apprentis". Déjà reconnue internationalement avec un campus à Rabat et un autre à Singapour, l’école projette de construire une tour de recherche et de nouveaux lieux pédagogiques intercampus. Depuis la création de la ComUE Paris-Seine elle ambitionne de collaborer pleinement avec la stratégie envisagée, d’autant qu’elle accueille déjà en master des étudiants de l’UCP.

Le projet de la ComUE a été validé par l’appel à projet d’excellence I-site ce qui est un soutien pour obtenir des financements afin de faire émerger une université internationale, reconnue mondialement pour sa recherche et ses niveaux masters et doctorats.

Le Président de l’UCP soulignait que cet objectif de la ComUE Paris-Seine serait poursuivi en maintenant une formation adaptée aux bacs-pro du territoire avec des diplômes menant à "de vrais métiers pour de vrais emplois". Il a souligné combien cette politique universitaire était rare en France, L’efficacité de ses formations place l’UCP dans les cinq meilleures de l’insertion professionnelle de ses étudiants. Dans les trente mois après leur master 98% des étudiants de l’UCP ont un travail.

Mais ce projet de "campus international" incarnant le renouveau universitaire de Cergy-Pontoise occupera plus fortement qu’aujourd’hui le centre préfecture et les berges de l’Oise coté Neuville et nécessite de renforcer les déplacements multimodaux sur les axes gare-et-université de Pontoise, Cergy et Neuville. Il nécessite d’importantes subventions, notamment pour l’extension et la reconfiguration de l’Essec, le déménagement d’une école d’Art qui devient publique, la création d’un centre d’e-learning sur le site de l’ex-patinoire, etc. etc.

Ces subventions ont été votées par le conseil mais sans unanimité pour les travaux de l’Essec..

Une population d’expérience très réticente

Il n’est manifestement pas prévu suffisamment de constructions dédiées aux étudiants pour "encaisser" l’arrivée de presque dix mille étudiants supplémentaires. Pour l’heure, le campus est éclaté entre le site St Martin à Pontoise, le site des Chênes et le site de Neuville pour l’UCP. Mais les écoles privées de l’Essec et du groupe Polytechniques St Louis se concentrent déjà dans le secteur du Parc François Mitterrand dont il est prévu de renforcer encore le rôle de pôle étudiant.

Le manque de logements dédiés aux étudiants sur cette partie de l’agglomération fait que déjà les immeubles de logements familiaux y sont envahis (parfois à plus de 50% !) par des colocations étudiantes. Elles sont trop souvent à l’origine de nuisances sonores tardives, de dégradation accélérée des parties communes et d’autres troubles de jouissance. Le débat a donc très logiquement fait ressortir l’inquiétude du maire de Cergy. La cohabitation des cergy-pontains avec la population étudiante est en effet déjà très conflictuelle dans le quartier préfecture et les secteurs d’habitation environnants. Il est de notoriété publique que c’est encore plus difficile quand il s’agit d’une colocation d’étudiants d’écoles privées. Les résidents des Larris, des Maradas et des Bocages à Pontoise sont également victimes de copropriétaires qui préfèrent la rentabilité colocative meublée ou non à une location familiale.

Les étudiants peuvent-ils ne pas être des envahisseurs ?

Le niveau des réponses apportées est loin d’être à hauteur du problème soulevé. Renvoi aux syndics qui doivent faire respecter le règlement de copropriété. Rappel qu’une charte de "bonne conduite étudiante" a été signée par divers établissements supérieurs et qu’en conséquence les étudiants ne craindraient rien tant que de voir les directeurs de leur établissement alertés de leurs débordements. C’est un peu court !

Seul le Directeur général de l’Essec a ouvert une vraie piste de réflexion. Il a constaté que les résidences étudiantes empilant des studios ne font pas l’unanimité pour les étudiants qui préfèrent les colocations, Il a délicatement omis de souligner qu’on ne construit que cela, à Cergy-Pontoise comme ailleurs, à grands coups de défiscalisation.

Le directeur général reconnaissait que l’Essec en est à réserver ses résidences qui permettent une vie commune en petits groupes à ses étudiants de première année. Il faut selon lui tenir compte de cette tendance et construire "des résidences adaptées aux modes de vie des étudiants d’aujourd’hui" dont les façons d’étudier sont en outre de plus plus collaboratives et numériques. Il concluait en renvoyant la balle aux divers acteurs immobiliers.

Mais dans ces acteurs, il y a les élus qui élaborent des Plans locaux d’urbanisme et parmi eux les maires qui signent les permis de construire et sont tous vice-présidents de ce Conseil d’agglomération de Cergy-Pontoise.

Auront-ils entendu le message ?

Quelques pistes sociales et architecturales pour loger les étudiants

Le Grand Lyon sur son site Millenénaire 3 a réalisé un dossier fouillé en 2016 sur la vie étudiante et ses besoins spécifiques. Une enquête lui a permis de les classer en quatre catégories : de l’étudiant "débordé" au"bénévole", en passant par le "multicarte" et "l’entrepreneur" les besoins varient mais tous ont besoin d’être bien logés pour réussir leur projet professionnel.

Les concurrents du prix des espoirs architectes 2015 ont planché sur « Imaginez la résidence étudiante d’un monde qui change ». Armand Yasar, avait enquêté auprès d’amis vivant en résidences universitaires. Ils jouissaient d’une large autonomie, certes, mais souffraient de solitude au quotidien. « J’ai donc décidé de concevoir des résidences composées de quatre à cinq chambres maximum, dans l’esprit de la collocation, avec deux salles d’eau à partager, une vraie cuisine, une salle à manger et un séjour. L’idée, c’était de créer un véritable espace de convivialité ».

La jeune architecte Caroline Ziajka parle de l’importance qu’elle accorde aux parties communes et aux espaces de sociabilité mais cite en modèle Cottbus, en Allemagne, où une résidence récente propose des chambres avec des espaces de cuisine et des sanitaires communs. Ce principe de la colocation selon elle "permet d’optimiser l’espace et de rompre l’isolement".

L’agence Vib Architecture construit dans le 18e arrondissement de Paris une résidence étudiante pilote. Elle propose des chambres en colocation mais aussi 8 studios, 2 locaux d’activités, 2 salles de convivialité et d’études, terrasse commune et jardin collectif, toitures végétales et panneaux solaires hybrides.

On peut légitimement supposer que l’offre de résidences de ce type rendrait bien moins attractifs les logements de bon pères de famille des copropriétés du centre de Cergy-Pontoise.

pour aller plus loin :
les membresde la Comue-Paris Seine
le sitede l’Essec
le sitedu l’université de Cergy-Pontoise

logement étudiant :
le dossier vie étudiante du Grand Lyon
le site de l’université Paris-Saclay intervieweCaroline Ziajka sur le logement étudiant
article de la revue Le courrier de l’Architecte sur le logement étudiant dans divers pays d’Europe.
le descriptif de la résidence étudiante avec co-location dans Paris 18e


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