Covid et libertés : des pratiques liberticides et inefficaces

vendredi 26 février 2021
par  pontoisensemble
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Pour mieux comprendre les risques que la façon de traiter la crise sanitaire fait peser sur l’ensemble de la société française, Pontoise Ensemble a interrogé Philippe Laville, du comité central de la Ligue des Droits de l’Homme et membre de son groupe santé et bioéthique.

Après avoir rappelé à quel point le système de santé hospitalier français était sous tension avant même la crise Covid-19, Il a sévèrement critique l’inefficacité de la politique de répression menée par les autorités politiques et sanitaires..

LDH et comité bio-éthique

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Philippe Laville du comité régional de la Ligue des Droits de l’Homme d’Ile de France se préoccupe de longue date des thématiques de santé notamment comme organisateur du colloque "Pour une santé égalitaire et solidaire" qui avait réuni plus de deux cent personnes en avril 2016 à Nanterre.
Brève vidéo compte rendu du colloque par Philippe Laville
https://www.youtube.com/watch?v=Hm4...

Cet ex-professeur du secteur médico-social dans le 2nd degré, puis formateur de paramédicaux sur l’accès au Droit de médecins généralistes, a débuté l’entretien qu’il a accordé à Pontoise Ensemble en soulignant combien le domaine de la santé est vaste. Il s’est concentré sur la protection sociale en santé, domaine très évolutif à suivre au jour le jour.

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Pour illustrer son propos, il avait actualisé pour Pontoise ensemble ce récent diaporama réalisé pour le congrès de la fédération des mutuelles de France.

Avant la Covid19, un système de soin déjà très dégradé

Selon Philippe Laville, la France était « déjà en état d’urgence sanitaire avant la pandémie Covid 19 », car depuis une vingtaine d’années le système de santé y fonctionnait déjà « en mode dégradé ». Une volonté malthusienne a fait fondre les effectifs médicaux dès la formation médicale et para-médicale, tant en praticiens de ville que dans les établissements de soin. En conséquence les « lits hospitaliers » ont été fermés en l’absence de personnel pour prendre soin des patients qui y seraient installées. A l’hôpital public, la « gestion en flux tendu » des personnels, des matériels et des médicaments, a été calquée sur le mode industriel. Cette pratique a rendu le système de santé moins réactif en cas d’imprévu, et « laisse aujourd’hui peu de place aux libertés individuelles », a souligné Philippe Laville.

La démographie médicale n’a jamais été prise en compte pour la formation des soignants. Elle est pourtant prévisible : ce sont les classes d’âge du babyboom qui quittent le système de santé côté soignant et font grossir la cohorte des soignés âgés puis très âgés.

Les déserts médicaux en campagne puis en ville ont fait basculer la médecine du quotidien sur l’hôpital et spécialement sur les services des urgences. Chaque année les décès sur des brancards y étaient déjà fréquents et sont bien documentés. Sous la pression presque quotidienne il y avait déjà de fait « des pratiques de triage, sous des formes diverses, avec des critères disparates ». Pour chaque pathologie les patients n’étaient déjà pas accueillis et encore moins traités partout de la même manière en France.

Déni politique

« La notion de vulnérabilité qui découle de ce qu’on appelle les déterminants sociaux de santé de l’OMS (stress, petite enfance, exclusion sociale, conditions de travail et de chômage, soutien social, dépendances, alimentation , politique de transport ) n’est pas prise en compte dans la politique publique de santé en France » souligne Philippe Laville. Quoiqu’on prétende sur l’excellence française, l’espérance de vie en bonne santé pour les femmes a déjà commencé à décroître en France depuis 2017.
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Les personnels de santé ont tenté depuis plusieurs années de tirer le signal d’alarme, mais la surdité des responsables (tutelle locale, agence régionale de santé, ministère, gouvernement) est restée totale ! Déjà en 2018 un mouvement des personnels des Ehpad dénonçait l’impossibilité de bien s’occuper des personnes âgées. On se rappelle les manifestations d’infirmières dès 1991, de sage-femmes en 2013-2014,. A l’automne 2018 un collectif dit inter-urgences s’est monté et a fini par aboutir à un collectif inter-hôpitaux en octobre 2019. Tous ces mouvements n’ont rien changé à la volonté gouvernementale de réduire les coûts de l’hôpital public.

Déni sanitaire

Malgré la préparation qu’avait occasionné l’annonce d’une épidémie de grippe H1N1 en 2009, tout a été oublié en à peine dix ans. Les épidémies dans d’autres régions du monde comme l’extrêmement mortelle Ebola en Afrique, le SRAS au Canada, n’ont pas été l’occasion de préparer notre système de santé à une nouvelle crise. Cette impéritie des responsables de la santé publique en France et leur faible anticipation des besoins ont fait que la crise de la covid-19 a été prise de plein fouet.

Une gestion chaotique de la crise sanitaire Covid 19

Les « déclarations contradictoires » le « manque de transparence » pour couvrir le manque de matériel, ont généré une manque de confiance dans la parole politique. La parole médicale, confisquée par un conseil de sécurité d’experts non praticiens n’a pas fait mieux : assertions péremptoires sur la « grippette » devenue " très dangereuse pour tous", « ces Italiens ne savent pas soigner, mais nous on saura ! » , successions de contradictions multiples « le masque ne sert à rien » puis « devient obligatoire », consignes contradictoires « restez chez vous, prenez du paracétamol mais allez à l’hôpital si complications ». Les tentatives de bricolages contre-productifs face au manque de matériel pour les soignants ont encore aggravé les incompréhensions : utilisation de sacs poubelles électrostatiques favorables au virus à l’hôpital pour remplacer le manque de blouses jetables etc….

Dans ce grand désordre des consignes, chacun faisait comme il croyait pouvoir faire. Ainsi ce fut la guerre des masques. Certaines collectivités territoriales qui avaient passé rapidement commande de masques pour leur population se sont fait confisquer leur livraison à l’aéroport pour que les soignants puissent en disposer.

Des pratiques verticales et liberticides et inefficaces

Le confinement a été décidé pour pallier au manque de place dans les hôpitaux, sur le mode répressif. Il a été décrété quantité d’interdictions nationales, sans prendre en compte les inégalités territoriales dans l’impact de l’épidémie, de fait très régionale. Il n’a été tenu aucun compte des inégalités sociales. Interdire de sortir du logement n’a pas le même impact sur la santé si chacun à sa chambre ou s’il y a moins de 10m2 habitable par personne. Interdire d’accès les parcs, jardins, forêts et berges de fleuve n’est pas la même privation de liberté s’il l’on a un accès à l’extérieur, balcon ou jardin privatif ou si l’on vit dans un petit appartement avec pour seul exutoire le square et la rue.

« Selon les territoires, certains ont été beaucoup plus exposés que d’autres » « surtout les mal logés » au point qu’on peut parler de « pandémie de la pauvreté » soulignait Philippe Laville. Les employés et ouvriers, toutes les personnes obligées de travailler, qu’elles soient du secteur alimentaire, de la propreté des villes, des transports et même du maintien à domicile des personnes âgées, ont été ignorées dans un premier temps des consignes de prévention. En conséquence elles ont été particulièrement impactées. Pour l’Ile de France, la surmortalité des zones défavorisées de Seine-St-Denis, du sud-est du Val d’Oise, du nord des Hauts de Seine, de Trappes, des Mureaux a été documentée notamment par l’Observatoire Régional de Santé.

La Ligue des Droits de l’Homme, comme d’autres organisations, a multiplié des recours en référé contre des arrêtés préfectoraux interdisant les forêts ou les plages. Elle reste inquiète et vigilante car l’Etat d’urgence sanitaire prolongé jusqu’en avril donne tout pouvoir aux Préfets et aux ordonnances gouvernementales.

Philippe Laville regrettait en conclusion que face à la crise Covid-19 en France « la raison d’Etat se soit substituée à l’appel à la raison », à l’intelligence collective des peuples. Il constatait en fin que cette pratique de « la répression avant la prévention » a été inefficace si on regarde l’expérience des autres pays.

En complément

Constatez l’implication de la Ligue des Droits de l’Homme dans la défense de nos libertés sur la santé, en consultant l’onglet covid-19 de son site.

Compte rendu du colloque Pour une santé égalitaire et solidaire de 2016

Communiqué de la LDH du 08:02:2021 ETAT D’URGENCE SANITAIRE : L’EXCEPTION PERMANENTE

Sur l’historique de la dégradation volontariste de l’hôpital public, voir le blog sur Mediapart de Florian Vivrel, urgentiste à Nantes qui a imaginé un "Procès de l’hôpital public".
https://blogs.mediapart.fr/florian-vivrel/blog/190221/proces-de-lhopital-public-chapitre-6-2012-le-pacte-de-confiance


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