Elections départementales : Examen des propositions de gauche

jeudi 17 juin 2021
par  pontoisensemble
popularité : 9%

En cette année perturbée par la crise sanitaire Pontoise Ensemble n’a pu organiser de rencontre des Pontoisiens avec l’ensemble des candidats qui revendiquent les valeurs de l’écologie sociale et doit se contenter d’une analyse commentée des documents distribués en se concentrant sur les trois binômes qu’elle aurait invités à une table ronde.

La personnalité des candidat.e.s

Avec le slogan « « Pouvoir vivre en Val d’Oise, l’écologie sociale évidemment ! » Bénédicte Ariès et Julien Foucou affichent leur "programme commun" . Bénédicte Ariès (EELV) est conseillère municipale minoritaire à Pontoise depuis 2001. Elle y a signé pendant le dernier mandat la tribune "Pour la transition écologique à Pontoise." Pontoise Ensemble a constaté comme elle que l’immobilisme pontoisien des duettistes Houillon-Seimbille au titre de "l’insoutenabilité financière" de toute dépense facultative était repris par le tandem Cavecchi- Seimbille au titre du même argument. Le mandat Houillon a été clos en 2020 avec un matelas d’économie conséquent, grâce à des dépenses non faites au bénéfice des populations de Pontoise de la même façon que la présidente du Val d’Oise Cavecchi finit une année de pandémie avec une "cagnotte" de 150 millions d’euros sur fond d’inaction au bénéfice des Valdoisiens. Julien Foucou (LFI) instituteur de secteur sur Pontoise mais résident du PNR vexinois, partage cette analyse et la volonté de gérer le département avec d’autres priorités.

Avec le slogan « Mieux vivre dans le Val d’Oise » Sandra Nguyen-Dérosier et Edwin Legris se sous titrent « écologistes et solidaires ». Sandra Nguyen Dérosier (PS) est nouvellement arrivée à Pontoise où elle apprend le difficile rôle de conseillère municipale minoritaire à Pontoise après deux mandats majoritaires socialistes à Courdimanche. Pontoise Ensemble suppose qu’elle a préféré devenir première minoritaire à Pontoise, que redevenir simple conseillère municipale à Courdimanche. C’est que la maire de Courdimanche, candidate à une 3e reconduction, ne voulait pas choisir les mêmes adjoints au-delà de deux mandats. Edwin Legris défend une « alliance centriste » face à la majorité très droitière de L’Isle-Adam qui a vu pour une fois en 2020 sa toute-puissance contestée.

Avec le slogan « L’alternative au cœur du Val d’Oise » Bouchra Bougara et Jean-Richard Norziélus prennent un ton plus incantatoire qu’argumentatif. Bouchra Bougara, présidente du PRG 95, évoque toujours le deuil de son frère Redouane, champion pontoisien de kick-boxing disparu à 25 ans à la fin d’un combat en janvier 1998 à Los Angeles. Sa famille s’était trouvée face à une montagne de dettes quand il s’est avéré que Redouane n’était assuré en rien puisqu’il était sans licence et que son club n’existait plus vraiment.

Bouchra Bougara s’indigne de voir encore et toujours le département du Val d’Oise soutenir si mal les leaders professionnels, sportifs et artistiques qu’il voit naître. Jean-Richard Norzelius, jeune avocat du barreau de Paris fait sans doute partie de ceux-là . On apprend qu’il se présente pour la 1re fois devant ses concitoyens. Pontoise Ensemble n’ a trouvé sur internet que sa présentation d’avocat : « Ayant étudié à la fois au sein des universités françaises et américaines ainsi qu’en école de commerce, je n’ai qu’une ambition : me mettre au service de mes clients afin de répondre à leurs besoins, leurs attentes et leurs aspirations de manière adéquate et précises »

Examen commenté des trois professions de foi

Chacun des rectos des professions de foi rappelle le visuels de l’affiche officielle et on y voit figurer le candidat et la candidate et leurs remplaçant.es. Le texte développe ( du plus court au plus long : EELV, PRG, PS) les engagements et valeurs avec diverses approximations, fautes d’orthographe et effets de manche tels le : « notre département doit devenir premier département républicain, humaniste, laïque, écologiste et social » signé PRG .

Le Parti Socialiste rappelle de façon pertinente les grands axes de l’action du Conseil départemental : construction et équipement des collèges, transports et voirie départementales, solidarité avec les aînés, les enfants, les personnes en situation de handicap, soutien aux territoires ruraux, service départemental d’aide et de secours.
PS-Génération écologie déclinent au verso alternativement en rose et vert dix propositions reprenant souvent le « mieux » du slogan : la santé pour tous, investir dans l’attractivité économique, mieux accompagner nos aînés, mieux circuler dans nos territoires et mieux respirer, mieux aider les familles, investir dans l’éducation, mieux s’épanouir avec les sports et les loisirs, mieux manger, promouvoir le patrimoine, accompagner l’accès à la formation et à l’emploi.

EELV-LFI présentent brièvement ses candidats et remplaçants au reco mais détaillent en vert et violet leurs mesures en quatre chapitres : les collégiens à « accompagner dans la scolarité et le mieux-être », (5 mesures) » les déplacements du quotidien facilités dans tout le canton » (7 mesures) , un département « qui prend soin de tous » (9 mesures) et pour l’environnement « un Val d’Oise qui prend soin de la terre » (7 mesures).

PRG-liste citoyenne a préféré consacrer tout le verso de sa profession de foi à la notice biographique des candidat.e.s et de leurs remplaçant.e.s. Cela n’a laissé que peu de place pour le programme d’actions départementales, qui s’avère plus que synthétiqueau recto : six sujets en moins d’une dizaine de lignes dont deux pour affirmer : « L’humanisme, la laïcité, la République doit reprendre le chemin dans nos familles » (sic).

Les points communs

L’éducation

Les collèges : pour nourrir nos collégiens le PRG s’engage à l’ « Amélioration du dispositif du bio dans nos cantines » et à celle du dispositif « Resto Collège ». Le PS précise : « viser l’objectif de 100% de bio en circuits courts ou en agriculture raisonnée ». La formulation reste peu claire car circuit court (avec peu d’intermédiaires), ne veut pas dire forcément local, et l’agricolture biologique n’est la raisonnée. EELV complète « moduler les tarifs au Quotient familial et viser le100% local et bio dans les cantines ».

Pour le parc scolaire des collèges qui relève du Conseil départemental, le PS développe « construire des collèges à taille humaine, réhabiliter les collèges existants, et doter tous les collégiens d’une tablette dès la 6e en complément des manuels scolaires ». EELV complète : « préparer les personnels et adapter les locaux aux futures crises sanitaires ».

Pontoise Ensemble souligne qu’il ne faudrait pas répéter l’erreur de l’alerte épidémique H1N1 en 2011, et baisser la garde des mesures d’hygiène, de ventilation et d’information. La crise sanitaire covid a prouvé aussi l’urgence de l’adaptation matérielle à la pédagogie numérique imposée du jour au lendemain en pic d’épidémie…. L’importance de renforcer le nombre de travailleurs sociaux au sein des établissements est commun aux propositions. C’est complété par EELV avec un « plan de prévention du harcèlement au sein des collèges ».

Pontoise Ensemble a déjà traité du harcèlement scolaire car c’est un prélude fréquent au décrochage scolaire. Ce « dispositif d’accompagnement des victimes » lui parait plus qu’indispensable car elles témoignent souvent de leur sentiment d’abandon par l’institution sous prétexte qu’en cas de dépôt de plainte "l’affaire serait entre les mains de la Justice" ou qu’on leur a fait la "grâce"de leur permettre de changer d’établissement, alors que les agresseurs s’en sont tirés avec un blâme et quelques heures de colle !

Pontoise Ensemble s’interroge enfin sur le fantasme de la tablette numérique distribuée en 6e, comme proposée par le PS. C’est plutôt d’une véritable initiation à l’outil numérique dont les enfants ont besoin à l’entrée en 6e ! A l’évidence, le matériel ne suffit pas et mettre en place progressivement la maîtrise de l’univers numérique est indispensable à tous les collégiens. L’expérience du confinement de mars 2020 l’a bien prouvé : il y avait manque de matériel, mais manque encore plus cruel de compétences des jeunes quand la famille ne pouvait assurer l’accompagnement.

Les déplacements

C’est essentiellement le réseau bus hors agglomération de Cergy-Pontoise qui concerne le département. Bénédicte Ariès et Julien Foucou développent le besoin d’en « synchroniser les horaires avec ceux des établissements scolaires » et ont travaillé les besoins du secteur hors Pontoise : « les pistes cyclables rurales à sécuriser », les « voies vertes » (reconquête des emprises de chemin de fer abandonnées) à développer, « les correspondances train-bus », le « transport à la demande » qui devrait être accessible à tout âge tant il est indispensable aux sans-voiture en secteur rural. Ces écologistes évoquent aussi l’importance de la consultation des « associations d’usagers » , et la lutte contre le bruit « au long de la ligne J ».

Sandra Nguyen-Dérosier et Edwin Legris promettent « la gratuité des transports scolaires, le développement du réseau des bus départementaux, l’aménagement de nouvelles pistes cyclables » et complètent ce bouquet très générique avec un plan « Air pur 95 » sibyllin qui attribue tacitement une bonne part de la pollution au transport automobile individuel.

L’accompagnement social

Il se limite à « l’augmentation de la capacité de nos logements seniors » pour Bouchra Bougara et Jean-Richard Norzelius. Sandra Nguyen-Dérosier et Edwin Legris complètent avec donner aux seniors « la liberté de choisir » leur mode d’habitat et « soutenir les aidants familiaux » . Quant à Bénédicte Ariès et Julien Foucou , ils précisent : « créer des Résidences autonomies sociales dans le canton ».

Pontoise Ensemble confirme en effet que les résidences seniors privées promises à plusieurs reprises ( la dernière dans le programme Bellerive ) ne sont pas réalisées. . De fait elles ne trouvent pas preneur, trop coûteuses ou pas adaptées aux besoins des personnes âgées. Celles-ci cherchent plus à louer qu’à acheter, mais surtout à loyer accessible, parfois en dehors des « ghettos de vieux » mais surtout sans trop de charge. Les résidences-seniors projetées à Pontoise ont souvent finies par être vendue en copropriété classique. Mais leurs acheteurs-bailleurs sont surtout des investisseurs qui optimisent régulièrement leurs placements. En conséquence, ils n’y acceptent pas de locataires retraités, « car à partir d’un certain âge, on ne peut pas les mettre dehors » (témoignage d’agent immobilier pontoisien !).

Quel dommage que le département n’ai jamais voulu sérieusement étudier la possibilité pour son bailleur social Val d’Oise Habitat de transformer l’ex-tribunal annexe de Pontoise désaffecté (dont il est propriétaire) en résidence sociale intergénérationnelle de centre-ville ou en résidence autonomie.

L’accompagnement social départemental c’est aussi le soutien aux enfants et adultes « en situation de handicap » pour employer la litote actuelle. Selon le PS, il faut pour ces dernières « simplifier la procédure de renouvellement des allocations ». Il est en effet scandaleux que le Val d’Oise demande régulièrement aux non-voyants de prouver qu’ils ne voient toujours pas, etc…. Pontoise Ensemble souligne que d’autres départements ont su supprimer cette obligation fastidieuse et même humiliante. Il est plus que temps que cela s’arrête en Val d’Oise !

EELV-LFI veut augmenter les moyens de la Maison départementales des personnes handicapées (MDPH) pour un « accompagnement efficace des personnes à besoins spécifiques », sans oublier d’augmenter pour elles « le nombre de places en lieux de vie et de formation ». Toute famille confrontée à cette réalité sait à quel point l’actuel manque de places en établissement d’accueil et de formation est problématique, particulièrement quand leurs enfants grandissent et sont poussés progressivement hors du milieu scolaire ! Certains d’entre eux aboutissent malheureusement à 15 ans dans des services de psychiatrie adulte absolument inadaptés
….
Bénédicte Ariès et Julien Foucou n’ont pas oublié dans leur profession de foi que l’accompagnement social départemental c’est aussi l’Aide sociale à l’enfance (ASE) pour les enfants et les jeunes en difficultés familiales ou sans famille, ainsi que les mineurs isolés. C’est une population diffuse mais importante pour la ville de Pontoise, siège de la cité judiciaire départementale : elle compte de ce fait traditionnellement des lieux d’accueil variés. Il faut selon eux « augmenter les moyens humains de l’ASE » multiplier les postes « d’assistant.e.s de vie familiale et de travailleurs sociaux. »

Enfin, c’est au titre de l’accompagnement social que le département du Val d’Oise doit avoir une politique de santé : les centres de santé publics sont projetés par le PS et EELV-LFI, ces derniers étant seuls à préciser qu’il faut « rénover le centre PMI (protection maternelle et infantile) de Marines, et redimensionner celui de Pontoise ». Pour les secteurs ruraux ils prévoient aussi d’ « organiser des permanences délocalisées de planning familial, de maison des adolescents et de médiateurs numériques ».

De même qu’il a été plus pertinent de faire tourner les professeurs que les classes en période de confinement il semble plus judicieux pour Pontoise Ensemble de rapprocher ces professionnels du milieu rural par des « tournées » que de déplacer en automobile chacun de leurs consultants. Là encore les expériences réussies existent hors Ile-de-France.

Il reste à espérer que, fortes de leurs convergences, les binômes les moins bien classés après le premier tour sauront s’engager dans une dynamique active de soutien permettant aux candidats de gauche les mieux placés d’offrir une réelle alternative à des décennies de domination de la droite sur notre canton.


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