Europe et santé : quelques actions

samedi 9 mars 2019
par  Bénédicte ARIES
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Marchandises et personnes circulant librement en Europe, médicaments et produits de soin franchissent les frontières aussi facilement que les virus et les microbes. Au fur et à mesure des scandales sanitaires l’Europe a instauré des normes de qualité s’imposant à tous.

L’épidémie de maladies dégénératives n’a pas la même intensité selon les pays. Les études comparatives permettent d’en comprendre les raisons et de partager par le programmes de santé 2014-2020 l’expérience du pays le mieux disant face à chaque pathologie.

Alors l’Europe continuera-t-elle à s’impliquer dans la santé des Européens ?

Lutte contre la résistance aux antibiotiques

Les microbes devenus résistants aux divers antimicrobiens ne respectent pas les frontières. Dans l’UE, 25 000 personnes meurent chaque année d’infections liées aux bactéries résistantes aux antibiotiques, dont l’émergence est partiellement due à l’abus d’antibiotiques en prévention vétérinaire. Le plan européen d’action contre la résistance aux antimicrobiens 2011-2013 allait de l’amélioration de la prévention des infections dans les hôpitaux au renforcement des systèmes de surveillance de la résistance aux antimicrobiens.

Son évaluation, publiée en février 2016, a constaté l’amélioration des activités de suivi et de surveillance, la diminution du nombre d’antimicrobiens commercialisés à usage animal, et la stabilisation des ventes d’antibiotiques à usage humain permise par les progrès réalisés dans la recherche et l’innovation. Ce plan d’action « une seule santé pour combattre la résistance aux antimicrobiens » a été le symbole de l’engagement politique de l’UE et a stimulé les actions dans les pays de l’UE.

Normes de qualité pour les prélèvements et dépôts humains 

Faute de réglementation européenne ce qui est qualitativement insuffisant dans un pays avait pu être utilisé sans souci chez son voisin. Rappelons en France les affaires du sang contaminé et de l’hormone de croissance…

Amélioration du contrôle de l’effet des médicaments

Le Mediator, médicament français contre le diabète a été longtemps prescrit aux non diabétiques pour maigrir déclenchant une épidémie silencieuse de valvulopathie (maladie cardiaque grave). Ce médicament ne fut retiré du marché français qu’en 2009 malgré plusieurs alertes. Suite à ce scandale la politique européenne de contrôle des médicaments a évolué. Une directive et un règlement ont été adoptés en 2010 pour garantir une plus grande transparence, et permettre aux patients de rapporter directement aux autorités de contrôle les médicaments qui provoquent des réactions indésirables.

La France est souvent bonne dernière à prendre en compte les restrictions d’usage des médicaments : son principe est de faire toute confiance aux prescripteurs les médecins. Et pourtant certains choisissent de sous-estimer les risques d’un médicament sans danger dans une situation et dangereux à très long terme dans d’autres, et plus spécifiquement pendant la grossesse. Ce fut le cas des bébés de la Thalimonide (bébés sans membres), du Distilbène (malformations utérines), de la Dépakine pour ne citer qu’eux.

Ainsi avec un système de contrôle moins dépendant des fournisseurs et sans la volonté française de valoriser son secteur pharmaceutique, la Dépakine n’aurait pas continué à être prescrite en France de 1967 à 2016 à tant de femmes épileptiques enceintes provoquant des malformations majeures chez leurs enfants.

Information rapide en cas d’urgence radiologique

L’Union Européenne a veillé à l’organisation d’échanges rapides d’informations dans une situation d’urgence radiologique. Cela parle beaucoup à ceux qui ont vécu la désinformation française en mars 1986 : les autorités médicales et politiques françaises affirmaient que le nuage radioactif de l’explosion de l’usine électro-nucléaire de Tchernobyl en Ukraine contournait nos frontières,

Il n’y avait "aucune précaution à prendre" et aucune ne fut prise en France alors que d’autres pays ont su protéger de l’épidémie de maladies thyroïdiennes leurs bébés et jeunes enfants via des distribution de pastilles d’iode, l’interdiction de manger les légumes feuilles pendant quelques temps dans quelques secteurs etc). Vingt ans plus tard, les services de santé universitaires y étaient encore particulièrement attentifs.

Après 2020 : plusieurs tendances s’affrontent actuellement 

le Livre blanc sur le futur de l’Union européenne (présenté en mars 2017 par la Commission), répertorie dans un de ses cinq scénarios la santé comme compétence à réduire parmi celles dont dispose aujourd’hui l’Union dès lors que les Etats membres décideraient de "faire moins, mais plus efficacement". Comme il reste difficile d’imaginer qu’un développement ultérieur du marché européen ne s’accompagne pas d’une attention croissante portée à la santé des Européens, via le contrôle de la qualité des produits en circulation, on peut en déduire que c’est une diminution conséquente des échanges européens qui est envisagée.

Pour d’autres, sécuriser la santé publique en Europe nécessite d’améliorer les protocoles d’études et de décision de l’Europe sur les points de santé. Une commission spéciale a été constituée au Parlement européen pour évaluer, d’un point de vue global, les procédures d’autorisation des pesticides au sein de l’UE. Elle a rendu son rapport en décembre 2018 après un an de travaux et ses recommandations furent adoptées par les eurodéputés le mois suivant à une très large majorité (526 voix contre 66).

Les pistes d’amélioration des procédures d’autorisation des pesticides au sein de l’UE sont nombreuses : établir des procédures d’autorisation plus transparentes, lancer une étude épidémiologique sur l’impact sanitaire des pesticides, publier l’intégralité des études sur la base desquelles sont prises les décisions, financer la recherche indépendante, ou encore garantir l’indépendance des agences d’évaluation des risques.

L’exemple récent des errements sur le glyphosate (round up) illustre clairement cette nécessité. L’intoxication scientifique de haute intensité des laboratoires Monsanto (puis Bayer) combinée à l’absence d’études indépendantes financées par l’UE et au manque de transparence sur les éléments décisionnels ayant abouti à une demi-mesure imposée par la Commission européenne (c’est à dire les commissaires choisis par les chefs d’Etats ). Le souci économique l’a emporté sur le risque sanitaire.

Autant dire qu’en retournant à la seule compétence des Etats, dans une France très soucieuse de l’importance internationale de son secteur pharmaceutique, la santé publique court le risque de cesser de s’améliorer voire de s’aggraver.

sources :

épidémie de malformation physique et de handicap neurologique : https://www.francetvinfo.fr/sante/grossesse/depakine/la-depakine-a-provoque-en-france-entre-2150-et-4100-cas-de-malformations-majeures-chez-les-nourrissons-depuis-1967-annonce-l-agence-francaise-du-medicament_2154329.html

épidémie de bébé sans membres : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/09/01/18929-50-ans-apres-fabricant-thalidomide-sexcuse

le glyphosate : https://www.touteleurope.eu/actualite/pesticides-l-ue-doit-elle-interdire-le-glyphosate.html

et les cinq axes éventuels du Le livre blanc sur le futur de l’Europe 32 pages


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