Maria Deraismes : un peu plus qu’à notre bon souvenir

samedi 24 janvier 2009
par  Didier Peyrat
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La nouvelle édition de ce recueil de conférences de Maria Deraismes (1828-1894) vient à point pour nous rappeler le rôle éminent de cette Pontoisienne, hélas encore trop méconnue dans sa ville.

Maria Deraismes - Editions Abeille et Castor

La nouvelle édition de ce recueil de conférences de Maria Deraismes (1828-1894) vient à point pour nous rappeler le rôle éminent de cette Pontoisienne, hélas encore trop méconnue dans la ville où elle a vécu. , en dépit des efforts méritoires de « l’association laïque des amis de Maria Deraismes », fondée en 1998.

Ce petit livre, préfacé par Yvette Roudy, ancienne ministre des droits de la femme de 1981 à 1986, rassemble 14 conférences et discours prononcés des années soixante à quatre vingt dix de son dix neuvième siècle. Un siècle qui nous paraît lointain, où pourtant germent et foisonnent une bonne partie de nos combats d’aujourd’hui.

Simples et souvent beaux, ils ne peuvent que susciter une admiration rétrospective pour celle qui, dans un contexte dont on a du mal à se représenter l’hostilité, a su demeurer fidéle à une conviction jamais démentie : « L’infériorité des femmes n’est pas un fait de nature, nous le répétons, c’est une invention humaine, c’est une fiction sociale. » Propos tenu en 1891 ! « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir (1949), après tout, avec son « on ne naît pas femme, on le devient » ne disait, pour l’essentiel, pas autre chose. Pour avoir osé dénaturaliser la condition féminine, Simone de Beauvoir, s’était fait insulter dans les années cinquante de notre vingtième... Imaginons un peu le sort infligé à celle qui osait interpeller ainsi les hommes de son siécle : « En diminuant la femme, vous vous êtes diminués, et la société est en déficit ».

Bien sûr, ces écrits sont datés. Mais, comme tous les textes importants, ils sont aussi modernes. En tout cas, ils donnent encore à penser. Sur les rapports entre combat contre les discrimination et lutte pour le droit, sur la division factice entre êtres doués de raison et êtres vouées aux sentiments, sur le refus des déterminismes pseudo naturels, et sur bien d’autres sujets encore, ils prennent parfois, à qui veut bien dépasser le truchement d’une langue un peu surannée et d’un style souvent oral - car Marie Adélaïde était d’abord une tribunicienne - une actualité saisissante.

Aujourd’hui, rendre hommage à Maria Deraismes, pour les Pontoisiens, implique un peu plus qu’une jolie rue ancienne et un buste (rétabli rue de l’Hermitage en 1999 grâce aux efforts conjugués de la municipalité de Jean-Michel Rollot et de l’association laïque des amis de Maria Deraismes, fondée pour l’occasion) : c’est repartir à sa découverte, c’est la relire, c’est réanimer sa volonté de fer et son esprit de suite.

Amis professseurs, éducateurs, bibliothécaires, dans les écoles de Pontoise et ailleurs lisez, faites lire et connaître Maria Deraismes à nos enfants. Pourquoi pas à l’occasion du soixantième anniversaire de la publication du « deuxième sexe » de Simone de Beauvoir ?
Si une moitié d’entre eux a aujourd’hui des chances bien meilleures qu’avant de profiter de l’égalité des sexes, c’est à Maria, aussi, et avant bien d’autres, qu’elle le doit.

Le dernier mot, à Maria encore :
« La République semble, cette fois, vouloir s’affermir ; et le droit des femmes qui marche à ses côtés, commence à être une question avec laquelle il faut compter. Persévérons dans nos efforts. Toute vérité a son heure. » 1872 !

2009, Pontoise : rien à ajouter.

Didier Peyrat

«  Eve dans l’Humanité », Maria Deraismes, Préface d’Yvette Roudy, introduction d’Andrée Prat, Editions Abeille et Castor, 2008. 253 pages, 13,50 euros


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