Quelle Europe voulons-nous : comment réduire les inégalités ?

mercredi 3 avril 2019
par   Pontoise Ensemble
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Le débat organisé par Pontoise Ensemble le 15 mars 2019 avait l’ambition de nous éclairer en tant que citoyens appelés à se prononcer sur les thèmes portés par les candidats et leurs partis, lors du rendez-vous électoral du 26 mai. Il réunissait Pamela Hocini, (candidate LFI), Mounir Satouri (candidat EELV), Rachid Temal (PS), et Rayan Nezzar (LaREM).

Une première question était posée : comment l’Europe peut-elle aider à réduire les inégalités ? Qu’il s’agisse de questions économiques, sociales, culturelles ou sanitaires, entre hommes et femmes, l’Europe peut-elle protéger des travers de la mondialisation ? Peut-on réorienter sa logique jugée trop libérale et centrée sur les marchés financiers ?

Pamela Hocini : « L’Union européenne, c’est celle des lobbies », mais « l’Europe peut protéger des travers de la mondialisation ». La France Insoumise (LFI) propose plusieurs mesures dont la liste serait longue, avec l’objectif sur le plan social de « faire aboutir la directive de lutte contre la discrimination à l’embauche, et la directive concernant les travailleurs détachés ». Elle prévoit également de « bloquer sur le plan économique la contribution française au budget européen » pour que l’Union traite des inégalités.
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Rachid Temal : « L’Union Européenne agit déjà. La question des inégalités est au cœur de la construction européenne, et le problème que nous avons aujourd’hui est le projet européen ». Il est important de dire qu’aujourd’hui « l’Europe ne fabrique pas d’européens » et la question des inégalités est centrale. Il y a encore des avancées à effectuer, notamment en faveur de la jeunesse, qui peuvent largement permettre de réduire les inégalités. Comme par exemple la question du « congé parental bâclé par les Etats » car chaque pays pourra faire comme il voudra.

Sur le budget, il s’agit d’aborder des questions comme la taxation des GAFA, et une ISF européenne : « L’Europe porte les valeurs fondamentales, mais ce serait bien qu’elles soient dans la réalité, et pas seulement dans les discours. »

Mounir Satouri : Je ne suis ni pro-européen ni eurosceptique. L’Europe n’est pas juste un machin à Bruxelles. « C’est un outil à partir du moment où on est pour cet outil ». L’inégalité sociale est « un angle mort des politiques actuelles : l’injustice sociale fait aujourd’hui le tremplin des populismes ». Le projet européen est attendu avec un salaire minimum européen : si on n’a pas un revenu minimum européen dans chaque pays, à 60% du median national et au dessus du seuil de pauvreté, on ne lutte pas contre les inégalités salariales. Il s’agit de ne pas dépasser une fourchette de 1 à 20, entre les salaires les plus bas et les salaires les plus hauts. Il s’agit de lutter évidemment entre l’inégalité des femmes et des hommes. « L’Europe doit être un rempart contre les injustices. »

Sur l’injustice fiscale, il doit y avoir une « clarification de l’imposition sur les sociétés : certains pays pratiquent le dumping fiscal et cette concurrence n’est pas possible ». Si l’on veut une Europe dans laquelle les droits progressent, il faut qu’il y ait « des règles fiscales entre les pays européens. »

Quant à l’inégalité écologique, plus on est pauvre, plus on est victime, moins on a de revenus, plus on mange mal. « Il faut des règles, des investissements sur les territoires, notamment en terme de transports, pour répondre à cette double injustice sociale. »

Rayan Nezzar : L’Europe a d’abord été un projet économique à 8 qui faisait sens lorsque nous avions des pays proches ou similaires, mais « lorsque nous avons élargi cette Europe en 2004 et 2007, nous n’avons pas conçu l’Europe sociale et nous avons aujourd’hui besoin de droits européens. »

Un socle européen des droits sociaux a été voté fin 2017, « c’est à nous de le transcrire dans la légalité et la législation » française.. « Aujourd’hui il y a 17 Etats membres dont le salaire minimum est inférieur au seuil de la pauvreté . La concurrence entre nos travailleurs se nourrit de cette différence. »

L’Europe agit déjà : « La France reçoit aujourd’hui 28 milliards pour les fonds structurels européens. 1 repas sur 4 des Restos du Coeur est financé par l’Europe. La ligne SNCF Bordeaux-Dax est financée par l’Europe. La moitié des revenus de nos agriculteurs est financée par la PAC. Nous devons les préserver ».

« Le Brexit nous met sous pression ». « Nous devons trouver des ressources propres à l’Union Européenne. L’évasion fiscale est là mais c’est par l’Europe que nous agirons car nous ne désespérons pas. » Voilà nos engagements pour « une Europe plus sociale, c’est une exigence indispensable aujourd’hui ». « Nous proposons de ne libérer les fonds FEDER que s’il y a respect de l’Etat de droit ».

Débat avec la salle

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Un participant soulignait que l’hymne européen « l’hymne à la joie » prône les 3 valeurs liberté, égalité, fraternité, à porter par tous. « L’Europe restera une coquille vide, si on ne les respecte pas ces 3 valeurs. »

Un deuxième soulignait que « le montant de la participation de la France à l’Europe est de 20 milliards par an. Mais qu’on ne peut pas faire un tableau de ce que nous recevons et de ce que nous devons ». Il a été invité à « regarder ce qui se passe au Royaume-Uni à qui on n’a pas expliqué les conséquences » du Brexit : « faisons attention avec ce discours, ce ne sont pas des additions comptables » (RN). Quant à la contribution de la France, « le budget de la région IdF est de 5 milliards, celui du STIF c’est 9 milliards, c’est dire si la part du budget que nous consacrons à l’Europe est minime par rapport au budget du pays ! » (MS) « Le Royaume-Uni touche autant qu’il paye .La contribution nationale est trop limitée pour qu’il y ait une politique publique européenne » (RT).

On voit bien qu’il y a convergence de vue pour trois de nos débatteurs. « Il faudrait que l’on décide collectivement d’une part beaucoup plus importante » et « une nouvelle page doit s’écrire et doit être sociale, sinon le populisme va continuer à progresser » (MS) les quatre s’accordant sur la nécessité de « politiser » le débat pour l’Europe car « il y a plusieurs projets politiques en jeu » (RT).


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