Quelle alimentation en 2030 ?

lundi 23 mars 2020
par  Bénédicte ARIES
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Lors de la présentation de « Fair Lunch » le 26 février dernier, action d’information sur la consommation alimentaire alternative des étudiants, l’ ouverture au public de l’après-midi donna l’occasion de visionner le court-métrage « Nourrir une métropole » et d’écouter le prospectiviste Sauveur Fernandez projeter ce que sera l’alimentation des trente prochaines années.

Un vademecum pragmatique

Le guide « Comment manger équilibré pour les étudiants de Cergy-Pontoise » est l’œuvre d’étudiants du Master Environnement, sous la houlette d’Alexandre Pasche, enseignant associé à CY (on ne dit plus université de Cergy-Pontoise !).

Le fait que les signatures soient exclusivement féminines (Nancy Bitsoua, Chloé Derambure , Arthana Sivakmumar, et Justine Zeng) souligne peut-être que le souci de l’équilibre alimentaire n’est pas encore une priorité masculine, même pour des jeunes qui se .projettent dans des carrières en rapport avec l’environnement et le développement durable.
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Un court métrage instructif

L’après-midi a commencé par la projection du court métrage de Wilfrid Duval "Nourrir une métropole" qui évoque l’évolution des pratiques agricoles autour de Paris depuis la 2e guerre mondiale et les propositions actuelles d’agriculture urbaine en Ile de France. Son constat est que l’agriculture urbaine a pour principal intérêt de réconcilier le citadin avec la production de ce qui arrive dans son assiette. Sa conclusion est qu’il y a risque si la Métropole du Grand Paris continue à ne prendre en compte que le développement économique sans y associer le développement durable qui implique de nourrir ses habitants en respectant l’environnement et la biodiversité dont nous sommes partie intégrante.

En effet en Ile-de-France même s’il reste 50% de terres agricoles et forestières, la majorité d’entre elles (63%) sont consacrées à la grande culture céréalière. Ce n’est pas l’agriculture urbaine, avec l’exemple filmé d’un producteur de micro-pousses , de la tour maraichère de Romainville ou des 40 à 80 hectares de toits cultivables à Paris qui permettra de nourrir la métropole, ni même son centre.

Il est urgent que l’urbanisme de nos cités et de la métropole du Grand Paris sache à nouveau laisser la place à une production agricole de proximité, non polluante, variée, pensée pour nourrir ses riverains de la région Ile de France, comme c’était le cas jusqu’à la moitié du 20e siècle.

Prospective ou projective

Sauveur Fernandez, expert en alimentation du futur, était venu expliquer les changements en cours : « On quitte un mode de production alimentaire : les industriels de l’agro-alimentaire sentent que le vent tourne » et « s’interrogent sur quoi faire à l’avenir ». Il citait, pour preuve du renversement des valeurs, une publicité valorisant la moisissure d’un burger au 34e jour signe d’une élaboration sans conservateur. Cet exemple est pour lui symptomatique de 30 années de déconstruction du modèle d’industrialisation productiviste de l’alimentation à grand renfort de phytosanitaires et d’additifs. « Une pizza traditionnelle ne comprend que quatre ingrédients, la même en version industrielle, moins coûteuse, liste 75 à 150 ingrédients ! ».

Il fait ainsi démarrer le règne de l’alimentation industrielle en 1963 avec l’ouverture du premier hypermarché, temple de la quantité sans qualité jouant à fond l’irrésistible attrait de la promotion écrasant les prix. La répétition des crises et scandales alimentaires (listéria, vache folle) a fait émerger dès les années 90 de nouvelles valeurs, celles du moins (de sel, de calories) du sans gras, sans sucre ajouté etc… Et comme une « société change par le biais de ses jeunes », trente ans plus tard la génération Z tend à passer du consommer et manger « autrement, durable, non emballé » au manger « local, végétarien, végan, crudivore »…« C’est le consommateur qui décide de tout ». souligne-t-il.

Selon Sauveur Fernandez la tendance sera de passer du « made in France au made in Ile de France, pour ne pas dire made in Cergy-Pontoise ». La méfiance face à la viande 1er prix, à l’alimentation industrielle et à tout ce qui est de synthèse, engendre déjà dans les magasins un retour au « fait devant le client », non seulement pour la coupe du fromage et de la charcuterie, mais aussi pour les plats cuisinés. La tendance est à la « distri-ration » avec invitation à consommer sur place d’où l’arrivée des micro-ondes de réchauffage à côté de tabourets de comptoirs jusque dans nos supérettes de centre-ville.

Pour répondre à ces nouvelles exigences, qui vont passer de l’exigence de la marque à l’exigence du producteur local et qualitatif, il faut construire une chaîne alimentaire locale, durable et systémique créatrice de liens humains que demande le 21e siècle. Il a fallu un siècle pour détruire l’agriculture traditionnelle nourricière d’Ile de France ! Elle savait nourrir sa grande ville en produisant toute l’année, avec des couches chaudes pour les primeurs, des fruits demandant la chaleur avec des murs à pèches et des cloches à melon, de la polyculture élevage. Ce sont des techniques à retrouver et à moderniser, des filières de production et de transformation locales ainsi que de commercialisation à reconstruire avec les moyens de maintenant pour les consommateurs locaux…

Et Sauveur Fernandez de conclure « on a tous les éléments » à 12 ou 15 ans d’échéance et que « L’avenir ne se prévoit pas, il se prépare », projet que rejoignent pleinement les travaux du Projet alimentaire territorial de Cergy-Pontoise et du Parc naturel régional du Vexin Français. (PAT-CACP-PNR)

pour aller plus loin :
le site de Sauveur Fernandez : https://www.econovateur.com/

le documentaire tourné en bonne partie à Cergy Pontoise : https://vimeo.com/219346277


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