Roissy : quel accroissement de trafic acceptable ?

dimanche 5 mai 2019
par  Bénédicte ARIES
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La concertation préalable d’Aéroport de Paris (ADP) sur le projet de Terminal T4 à Roissy concerne 480 communes dont Pontoise et l’agglomération de Cergy-Pontoise. Ce projet envisage une augmentation de 80 % du nombre de passagers sur Roissy/CDG et de 40 % du nombre de survols sur notre coin d’Ile de France.

Les associations Cirena, Advocnar, Dirap nous incitent à participer à cette concertation préalable avant sa clôture le 12 mai prochain.

Concertation préalable n’est pas enquête publique

Alors qu’une enquête publique revient à donner un avis sur un projet complètement ficelé où pratiquement aucune modification d’ampleur n’est possible, la concertation préalable vise en théorie à permettre d’améliorer un projet et son déroulement est suivi par un garant de la Commission nationale de débat public (CNDP).
L’enquête publique est prévue au deuxième semestre 2020. La concertation actuelle est disponible sur le site internet : https://terminal4-cdg.groupeadp.fr/?xtor=SEC-4-GOO-%5BT4_CDG_Broad%5D-%5Bsearch_classique%5D-S-%5B%2Bterminal4%20%2Bcdg%5D

Ce projet est mené au pas de charge en évoquant l’impératif des Jeux Olympiques 2024 mais il ne sera opérationnel partiellement qu’en 2028 et fait l’impasse sur de nombreux faits. Selon le Monde « Le T4 doit permettre d’accueillir jusqu’à 40 millions de passagers supplémentaires par an à l’horizon 2037 et d’absorber environ 450 vols de plus chaque jour. Un aéroport dans l’aéroport, comme si Orly – et ses 30 millions de passagers annuels – était intégré dans Roissy ». Il est encore temps de se faire entendre d’Aéroport de Paris pour veuille bien prendre enfin des mesures de protection des populations environnantes que d’autres aéroports de taille comparable ont su le faire.

Un choix contestable d’ADP et d’Air France

L’hypothèse d’ADP est que le transport aérien mondial doublera dans les 10 prochaines années et que Roissy-Charles de Gaulle doit augmenter son rôle de plate-forme de transit car il n’est pas envisagé un doublement de la destination Paris. De fait 30% déjà des passagers actuels de Roissy sont en transit.

Le projet de méga-aéroport « à la Dubaï » qui justifie selon ADP un nouveau terminal dédié à Air France va avec celui de rassemblement des voyageurs pour des vols en très gros porteurs . Mais les dits-voyageurs préfèrent manifestement les vols les plus directs possibles. C’est ce que constate l’Usine nouvelle « la connexion entre grandes villes puis l’utilisation de court et moyen-courriers pour arriver à destination n’a pas été si important que prévu ». Le modèle de trafic aérien dit "point à point", qui prévoit de relier directement les villes de destinations avec des long-courriers, est plébiscité notamment par les compagnies low-cost. La réussite de l’option de développement d’ADP parait très douteuse surtout quand on apprend en février qu’Airbus cesse de commercialiser son A380 lancé en 2 000 : il n’en a vendu que 220 donc 101 à Emirates !

Mais ADP semble persister dans son projet car les escales bloquant les voyageurs sur site pour quelques heures ou une nuitée sont extrêmement rentables pour les commerces et les services de l’aérogare de Roissy. En effet le rapport financier ADP 2017 indique que 47 % de ses ressources (EBITDA) sont le fait des commerces, services et immobilier, avant les activités aéronautiques qui n’en représentent que 35%. Pourtant, ce choix de modèle transport aérien va à l’encontre de tout ce qu’il faut faire pour lutter contre le réchauffement climatique.
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Les nuisances sonores

ADP indique que l’indicateur d’énergie sonore local proche de l’aérodrome augmenterait de l’indice 66,2 en 2017 à 75 en 2037 et retrouverait donc le niveau de 2014. Ce qui signifie que tous les progrès réalisés récemment avec les réglementations seraient annulés ! Mais ADP annonce benoitement compter sur la mise en œuvre de procédures de descentes douces pour réduire le bruit à plus de 20km de la piste, c’est-à-dire au-dessus de nos têtes !

Il faut imposer la pratique des atterrissages en « descente douce et continue » comme il se pratique à l’étranger, notamment à Heathrow pour un trafic comparable. A Cergy-Pontoise les avions passeraient 600m plus haut (de 1200 à 1800m) avec des moteurs au ralenti comme une voiture au point mort dans une descente ; bruit et gaz d’échappement en seraient très réduits.

Selon Bruitparif la surface des zones exposées aux bruits aériens doublerait.
Bruitparif a diffusé en février 2019 une étude présentant les risques sanitaires potentiels liés aux bruits, dont l’aérien et quantifie le nombre de mois de vie perdus.
ADP ne parle pas de limitation des vols de nuits alors que récemment l’OMS (organisation mondiale de la santé), a préconisé de fixer la limite moyenne de bruit (Lden) à 45 dB le jour et 40 dB la nuit (Ln).

Cette concertation préalable est l’occasion d’exiger d’ADP un plan de réduction des vols de nuit sur une période de 8h consécutives (comme à Frankfort, Heathrow, Schiphol...) conformément aux recommandations de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) pour aboutir à terme à un couvre-feu.

La pollution atmosphérique

ADP indique que le taux d’oxyde d’azote augmenterait de 30 % et les particules fines de 11 % et ADP compte sur le renouvellement des appareils des compagnies pour se limiter à ces valeurs mais L’Autorité Environnementale considère pour sa part que les émissions augmenteront de 30 % avec les prévisions de trafic !

Le miroir aux alouettes des emplois

ADP estime la création d’emplois à 50 000 mais reconnait que les populations proches actuelles ont un déficit de qualifications et que les personnels qualifiés viennent de loin. C’est dû au nombre de logements, limité par le Plan d’Exposition au Bruit (PEB) ou au désir personnel de vivre dans des zones d’habitat moins bruyantes, même éloignées et moins desservies en transport en commun. Cette situation ira en s’aggravant sans augmentation durable des emplois sur le site.

C’est ce que prouve la socio-économiste Jacqueline Lorthiois, dans ce qu’elle intitule « le bêtisier de Roissy » sur son blog hébergé par Mediapart . « Ainsi, le pôle de Roissy contribue pour à peine 6% (5,6%) aux besoins d’emplois de son bassin. Ce qui l’oblige à recruter sur une aire gigantesque s’étalant sur une centaine de kms de diamètre, allant de Creil (Oise) ou Soissons (Aisne) à Athis-Mons ou Savigny sur Orge (Essonne) ». Elle souligne aussi que « Pour la 7e année consécutive, Roissy perd de l’emploi. Le dernier recensement INSEE de 2015 confirme la grave crise qui frappe le pôle aéroportuaire depuis 2009 comme on peut le voir sur le graphique ci-après (figure 5). En passant de 93 642 emplois en 2009 à 74 303 en 2015, les pertes atteignent 19.340 postes, soit plus d’un emploi sur 5 qui a disparu en seulement 7 ans. Alors que le trafic aérien a connu au cours de la même période une augmentation, passant de 57,9 millions de passagers à 65,8 millions, soit une hausse de 13,6%. ».

Participer à cette concertation préalable

Après avoir consulté le site dédié et les quelques avis associatifs, il est possible de participer en ligne en donnant son avis par thème : accessibilité, attractivité, développement durable, nouvelles solidarités, services aux passagers.

Alors qu’en 2019 c’est déjà presque un atterrissage- décollage sur trois qui pollue l’air et la tranquillité de notre coin d’Ile de France sans le desservir, on peut légitimement douter de la pertinence de l’augmentation de trafic envisagée pour justifier ce nouveau terminal mais qui aggravera surtout les nuisances actuelles.

Sources :
Le rapport de Bruitparifsur le bruit en zone dense est très instructif même s’il ne traite pas de notre grande couronne. (bruit aérien pages 71 à 95).

http://www.advocnar.fr/2019/02/au-mepris-du-climat-et-des-riverains-laeroport-de-roissy-veut-40-millions-de-passagers-supplementaires/

sur la réalité des emplois : https://blogs.mediapart.fr/j-lorthiois/blog/250119/betisier-du-pole-de-roissy-1-utilite-locale-pour-son-territoire-6

communiqué du Groupe Associations Roissy Environnement (14 associations)

en PJ l’avis de la Dirap :


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