La Protection de la ressource en eau

jeudi 25 janvier 2018
par  Gérard Bommenel
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La qualité des eaux brutes se dégrade en France. Conséquence, rendre l’eau potable devient de plus en plus difficile et coûte de plus en plus cher. La seule solution possible est donc de protéger la ressource en supprimant les sources de pollutions qu’elles soient d’origine agricoles, urbaines ou industrielles.

Le constat

La qualité de l’eau se dégrade en France comme l’a démontré la dernière enquête de Que choisir d’Octobre 2017. C’est vrai pour les eaux de surface comme pour les eaux souterraines alors que celles-ci sont touchées plus tardivement par les pollutions. En cause principalement les pesticides qui dépassent maintenant la norme acceptable pour l’eau potable dans 50% des nappes de surface et 33% des nappes souterraines. En cause aussi les nitrates utilisés comme fertilisants qui dépassent la norme maximale considérée comme naturelle dans les milieux aquatiques dans 55% des bassins versants. Résultat 83% des eaux souterraines sont contaminées par l’un et/ou l’autre de ces polluants. Le principal acteur cette dégradation c’est l’agriculture conventionnelle et l’élevage intensif, deux grands consommateurs de fertilisants, de désherbants et autres produits phyto sanitaires. Rendre l’eau potable par des moyens curatifs ne peut pas être une solution pérenne, car selon l’OCDE 1 Euro dépensé en agriculture intensive entraîne 40 Euros de dépense en traitement air et eau ! La seule solution possible est donc de protéger la ressource.

Protéger les bassins captant, oui mais comment ?

La protection d’un captage doit englober l’ensemble des problématiques à risque qu’elles soient industrielles, agricoles ou urbaines. De plus on ne peut pas se contenter de protéger uniquement son environnement immédiat des pollutions. En effet l’eau circule sur de grandes distances dans les nappes phréatiques alors qu’elle s’enfonce dans le sous-sol et avant de ressortir via une source ou un puit. Il faut protéger l’ensemble de leur bassin captant c’est-à-dire l’ensemble des surfaces qui reçoivent l’eau de pluie qui convergent librement vers la nappe souterraine (2).
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Il existe donc plusieurs types de périmètres de protection : immédiat, rapproché et parfois même éloigné.
Le périmètre de protection immédiate appartient en pleine propriété à la ou les collectivités ou établissements publics responsables du captage toute activité y est interdite. Ce périmètre doit être clôturé pour protéger le captage de la malveillance, des déversements directs sur l’ouvrage et des contaminants micro biologiques. (3)
Le périmètre de protection rapprochée représente souvent quelques hectares : toutes sortes d’installations ou d’activité pouvant engendrer une pollution du captage peuvent être interdites ou réglementées. (4) Il doit être suffisamment large pour garantir qu’aucune pollution accidentelle ou ponctuelle ne pourra atteindre la nappe.
Il peut aussi être établi mais ce n’est malheureusement pas encore obligatoire un périmètre de protection éloigné sur lequel les installations, activités ou occupation peuvent être réglementées. (5) Il devrait concerner l’ensemble du bassin d’alimentation du captage, ce qu’on appelle un bassin versant.
Toutes ces dispositions doivent être définies dans une Déclaration D’utilité Publique (DUP) par arrêté préfectoral.

Dans les campagnes

L’étude des pollutions des eaux brutes de surfaces et souterraines prouve que les fertilisants et les produits phytosanitaires représentent la majorité des substances en cause. Ces produits sont en grande partie issus des activités agricoles comme par exemple 66% des nitrates présents dans les eaux continentales.

Pour protéger l’eau il faut donc réduire ces pollutions sur l’ensemble du bassin de captage en diminuant le plus possible leur utilisation en concertation avec les agriculteurs. L’agriculture biologique qui est la seule à garantir une utilisation des sols sans pesticides et sans apport de fertilisants doit être encouragée. Il faut aussi favoriser des pratiques culturales empêchant le ruissellement des eaux de pluie : celui-ci en lessivant les surfaces nues provoque l’érosion,source de turbidité,et renforce la concentration des pollutions, notamment les nitrates fortement solubles, dans l’eau qui s’infiltre dans les nappes. Pour cela il faut recréer des talus, fossés, haies et surfaces enherbées qui avant le remembrement des surfaces agricoles retenaient les précipitations trop abondantes.

Dans les zones urbaines

Même si les quantités de pesticides utilisées sont dix fois plus faibles en ville que dans le domaine agricole, elles ont un impact décuplé à cause des risques de transfert plus élevés. L’exemple des nitrates le démontre puisque 22% des nitrates présent dans les eaux continentales sont issus de leur utilisation par des collectivités. La raison en est simple, les surfaces traitées sont souvent imperméables, proches de point d’eau ou de point de collecte des eaux usées. Lors des précipitations les produits utilisés subissent donc un lessivage beaucoup plus important et sont rapidement drainés dans les réseaux de tout à l’égout voire directement dans les cours d’eau en cas de fortes précipitations entraînant une saturation des stations d’épuration.Il convient donc de supprimer toute utilisation de désherbants ou de pesticides dans les zones urbaines. C’est l’objectif de la Loi dite zéro-phyto.’objectif Zéro Phyto a franchi deux étapes majeures au 1er janvier, en application de la loi de transition énergétique du 18 août 2015 : l’interdiction des produits phytosanitaires s’applique aux espaces publics. Les distributeurs n’ont plus le droit de proposer ces mêmes produits en libre accès aux jardiniers amateurs.

Il faut aussi encourager la gestion de l’eau de pluie là où elle tombe. Favoriser son stockage, sa réutilisation et son infiltration dans la parcelle qui l’a reçue. C’est le sens des lois sur l’eau exigeant pour les constructions neuves que l’eau de pluie soit rendue au sol sur la parcelle sans avoir à rejoindre les eaux pluviales de voiries. Pour l’heure, il n’y a pas vraiment d’incitation à le faire dans les quartiers déjà construits.

Il faut aussi s’assurer que les activités industrielles, commerciales ou même administratives stockent et manipulent avec précaution tout produit susceptible d’engendrer une pollution et gèrent correctement la collecte et la dépollution de ces derniers.

Qu’en est-il pour l’agglomération de Cergy Pontoise et dans le Val d’Oise

Dans le dernier Schéma Départemental d’Alimentation en Eau Potable (SDAEP) de 2016 seuls 50% des captages bénéficiaient d’un arrêté préfectoral de DUP.

Sur la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise (CACP) Les procédures d’étude nécessaires aux déclarations d’utilité publiques sont en cours pour la majorité des puits de captage de l’agglomération, mais seul le captage de Courdimanche a déjà fait l’objet d’une déclaration d’utilité publique en Novembre 2015 et bénéficie donc de périmètres de protection immédiat et rapproché. La CACP prévoit d’ailleurs de se hâter lentement vers un avancement de la protection de la ressource en eau à 60 % fin 2019 et à 80 % en 2022. Nous sommes donc encore loin de la nécessaire protection des bassins versant de toutes pollutions qu’elles soient agricoles ou urbaines.

La gestion maîtrisée de l’eau est affichée, mais beaucoup reste à faire pour transposer cette volonté dans les faits notamment dans la mise en place de périmètres de protections ambitieux et un meilleur contrôle de la délégation du traitement des eaux usées.

Enfin si La CACP s’est engagée dans « la mise en œuvre d’une démarche « zéro phyto » et d’un plan de réduction des pesticides ».Cette démarche n’est pas suivie par toutes les villes. Ainsi Pontoise rechigne à s’impliquer totalement dans le zéro phyto pour ses voiries et cimetière. Il y a pourtant des exemples réussis à proximité (Courdimanche).Elle n’a pas encore élargi les espaces sans bitume autour des pieds d’arbres, garants d’une meilleur infiltration des eaux de pluie. C’est un regrettable manque de volonté politique.

Pour en savoir plus :

Préservation de la ressource aquatique L’UFC-Que Choisir lance un S. Eau S. !

Plaquette " Protection de captage" de l’Agence Seine Normandie

https://www.lemoniteur.fr/article/zero-phyto-dans-l-espace-public-la-loi-entre-en-vigueur-34096923

http://www.assainissement.developpement-durable.gouv.fr/documents/Fiche_SPE_EP_principes_generaux_integral_decembre_2014.pdf


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