Les pollutions de l’eau du robinet dans l’ agglomération de Cergy-Pontoise

jeudi 11 janvier 2018
par  Gérard Bommenel
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Dans notre agglomération l’eau de ville fait l’objet d’un suivi constant et respecte en général les règlements sanitaires. Néanmoins si les analyses publiées indiquent une conformité par rapport aux limites de qualité de 100% en 2015 et 99,76% en 2106 au niveau microbiologique, les 1,5% de non-conformités sur le plan physico-chimique récurrentes sur les 2 années amènent à s’interroger sur la réactivité du prestataire et du délégant pour les corriger. Un épisode d’eau trouble en octobre 2016 dans le quartier des Touleuses à Cergy a confirmé visiblement ce manque d’empressement.

Le suivi de la qualité de l’eau

La qualité de l’eau est analysée par l’ARS Agence Régionale de Santé qui fournit annuellement plus de 8000 résultats d’analyse et par le délégataire CYO qui en donne environ 1000. Les résultats non conformes sont publiés dans le Rapport annuel sur le Prix et la Qualité des Services public de l’eau et de l’assainissement (RPQS) au mois de Décembre de chaque année pour l’année précédente.
Il est aussi possible de s’enquérir sur la dernière analyse de la qualité de l’eau de sa commune ou de son quartier sur le site de L’ARS à l’adresse suivante : Ministère chargé de la santé - Résultats des analyses du contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine en précisant votre département, le nom de votre commune et accessoirement le réseaux de distribution dont vous dépendez (vous le trouverez sur votre facture).

Les non conformités constatées dans les rapports RPQS de 2015-2016

Le cas des fluorures

Les fluorures sont généralement d’origine naturelle car ils proviennent des roches traversées par la nappe phréatique. En 2015 4 non respects de la limite de 1500 µg/l ont été identifiés en mars, avril, juillet et novembre avec un maximum de 1900 µg/l, sur les réseaux alimentant le site de Mirapolis alors que le fluor fait l’objet d’un suivi régulier depuis 2012. Ces dépassements étaient liés à l’arrêt du forage de la vallée de Millet qui diminue le potentiel de dilution et génère des dépassements en fonction des variations de débit du forage de Courcelles. Un courrier d’information a été envoyé aux clients concernés. Par la suite un plan d’action visant à modifier les proportions des mélanges d’eau des forages et une surveillance accrues de la qualité de l’eau ont été mis en place.

Cependant en 2016, sur les 18 mesures effectuées à Mirapolis, 3 sont de nouveau non conformes en avril, mai et juin avec un maximum mesuré de 1755 µg/l. Le délégataire espère que la remise en route du forage de la vallée de Millet prévu en 2017 résoudra enfin ce problème récurrent depuis plusieurs années.

Les nitrates

Les nitrates sont une pollution d’origine agricole car ils sont massivement utilisés comme engrais. L’eau de pluie se charge de nitrates à la surface du sol ou dans ses couches superficielles. Une filière de dénitrification a été mise en place dans l’usine de traitement des eaux de Menucourt afin d’épurer les eaux du captage de Chardronville à Sagy trop chargées de ce polluant.

Suite à un mauvais fonctionnement de cette usine de dénitrification des concentrations de nitrates importantes de l’ordre de 25 à 40mg/l avaient été constatées en 2014. Même si ces concentrations sont restées inférieures à la norme de 50mg/l elles n’en demeuraient pas moins suffisamment inquiétantes pour justifier des travaux de fiabilisation des installations de traitement des nitrates de cette usine ce qui a été réalisé en Avril 2015.

L’équilibre calco-carbonique

L’équilibre calco-carbonique de l’eau est important car une eau trop douce (peu minéralisée et riche en CO2) risque de dissoudre les métaux des canalisations comme le plomb, le cuivre ou le fer alors qu’une eau trop dure (riche en sels) entraînera l’entartrage des canalisations et des appareils ménagers. En règle générale l’eau de l’agglomération est très -voire trop- calcaire. (Voir l’article PE Eau : la question du calcaire à Cergy-Pontoise).

En 2015 3 dépassements de l’équilibre calco-carbonés ont été décelés ainsi qu’un dépassement en 2016. Cependant ces non conformités n’ont pas donné lieu à une quelconque mesure correctrice car elles ont chaque fois été attribuées à un PH mesuré différent du PH moyen de l’eau traitée et considérées comme exceptionnelles sans incidence sur la qualité moyenne.

La turbidité bel exemple de trouble

La turbidité désigne la teneur d’une eau en particules suspendues qui la troublent. La limite de qualité pour les stations d’épuration est de 1 NFU(Unité Néphélométrique Formazine).

Les pompiers qui effectuaient des essais sur les bornes à incendie en Octobre 2016 ont constaté des dépôts dans les canalisations à plusieurs reprises. Le délégataire a donc procédé les 25 et 27 Octobre 2016, à une importante opération de raclage destinée à faire disparaître ces dépôts formés dans les canalisations.

Des habitants des Touleuses se sont alors émus de voir couler une eau noirâtre dans leurs robinets, eau qu’il était impossible de boire, d’utiliser pour prendre une douche ou pour faire la vaisselle. Des lettres recommandées furent envoyées à CYO et une pétition de protestation fut lancée. Contraint et forcé le délégataire a dû procéder à une première série de purges. Mais cela n’a pas suffi à ramener dans l’immédiat une eau translucide et CYO a dû engager plusieurs campagnes de purges supplémentaires afin d’éliminer définitivement les dépôts récalcitrants du réseau qui ne se sont complètement résorbés qu’au fil du temps.

Pendant ce temps les usagers ont été contraints d’acheter des packs d’eau sur leurs propres deniers. Seules les écoles et le centre de loisir ont bénéficié de l’attention de la mairie de Cergy qui, sous la pression des employés et des parents d’élèves qui refusaient de boire cette eau, a interdit l’usage de l’eau du robinet dans les écoles et le centre de loisir et leur a fourni de l’eau minérale.

Le délégataire a toujours prétendu « il n’y a[vait] pas de problèmes bactériologiques, l’eau [étant] conforme à la norme », oubliant sans doute la norme de turbidité. Hors si l’on en croit le rapport de l’OPECST « La qualité de l’eau et l’assainissement en France » déposé au Sénat en Mars 2008 : « la turbidité est un masque qui rend les tests de contamination microbiologiques aveugles et inopérants. Ces tests fonctionnent à partir de germes isolés de l’eau par filtration et mis au contact avec un milieu de culture. Leur développement est un indicateur de pollution. Mais avec la turbidité, les germes sont protégés et ne se développent pas ».

Comment alors prétendre dans le RPQS 2016 que « La potabilité de l’eau distribuée a donc été assurée sans discontinuité » ? Le plus surprenant est la réaction du président de la communauté d’agglomération qui, lorsque ce problème a été soulevé lors de la présentation du RPQS 2016, a préféré soutenir les allégations du délégataire au lieu de défendre ses administrés.

Voir l’article de Pontoise Ensemble sur ce sujet Un rapport en eau trouble à la CACP

Qu’en dit l’enquête Que choisir sur la qualité de l’eau du robinet de Janvier 2017 ?

L’organisme Que choisir a procédé à une « synthèse réalisée à partir des analyses de l’eau effectuées entre février 2014 et août 2016, sur les 36 568 communes de France métropolitaine, publiées sur le site du ministère de la Santé, pour 50 contaminants et paramètres physico-chimiques ». Il en a déduit une carte interactive sur la qualité des eaux distribuées consultable sur son site si vous êtes abonnés. Pour l’agglomération de Cergy-Pontoise la majorité des secteurs de distribution sont jugés bons à l’exception des sous réseaux de CACP Hautil, Osny La Groue, Osny Marcouville et Puiseux Pontoise jugés uniquement « satisfaisant ». L’étude note sur ces derniers la présence de fluor, de pesticides et de nitrates qui, bien que restant dans les normes admises, entraînent pour ces réseaux une note plus basse.
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En conclusion

Mieux vaut boire l’eau de notre robinet et ne pas se précipiter sur l’eau minérale. Non seulement cette dernière n’offre pas toujours les mêmes garanties, mais en plus elle est 65 fois plus chère et 360 fois plus impactante sur l’effet de serre. Cependant la preuve a été faite aux Touleuses en novembre 2016 qu’en cas d’incident il ne faut pas attendre les consignes de la Ville ou du délégataire pour recourir ponctuellement à l’eau en bouteille.

Il convient donc de soutenir les associations qui militent pour un meilleur contrôle de la délégation de service public et de rappeler à nos élus que ce suivi doit être effectif au jour le jour et non pas rapidement évacué lors d’une présentation annuelle d’un rapport de délégataire qui cherche souvent à minimiser les problèmes.

Pour en savoir plus :

- Rapports annuels sur le service public de l’eau et de l’assainissement sur le site de la CACP


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