Le logement de la personne âgée isolée : une équation complexe
Trop rares sont les offres alternatives de logement pour les personnes âgées qui ne veulent pas rester isolées dans leur chez-soi. Le refus d’être « noyé » dans une maison de retraite trop grande ou « infantilisé » par une prise en charge complète du quotidien fait le succès du système d’aide au maintien à domicile jusqu’à la fin. C’est le mode de vie encouragé depuis de longues années alors que les années 70 se préoccupaient de solutions collectives.
La fin de l’autonomie chez soi amène à l’isolement grandissant et à la dépendance des aidants, bénévoles ou professionnels.On ne parle plus trop alors la liberté... Cette politique du "chez soi jusqu’au bout" fonctionne cahin-caha jusqu’au décès du 1er d’un couple, l’autre supportant une charge grandissante. Mais l’isolement peut arrive alors et devenir parfois extrême du fait des déplacements de moins en moins autonomes. Mais pour les nombreuses personnes qui auront vécue seules leur vie active la question du « presque-dernier » logement se pose bien plus tôt.
Les résidences autonomies des années post 68
Les résidences autonomie qu’on appelait foyer-logement en campagne ou béguinage dans les Hauts de France étaient une des propositions du logement social dans les années 1960. Elles sont donc accessibles à condition de ne pas dépasser un certain plafond de ressources. Les personnes doivent être autonomes dans la vie quotidienne car il n’y a pas de service restauration et les assistantes de vie n’y viennent que ponctuellement. Les bailleurs sociaux semblent ne plus en construire surtout en Ile-de-France.
Le site Mazette répertorie les résidences autonomies de divers départements. Il y en aurait 36 dans le Val d’Oise dont celles de La Bastide et Les Touleuses et des Villageoises toutes trois à Cergy ainsi que la résidence Yvonne Colas à Eragny.
On n’en a plus construit depuis la décision politique d’insertion des personnes âgées dans des immeubles sociaux non dédiés. Ainsi il y avait dans les années 1980 des réservations de logement pour senior dans les quelques 700 logements locatifs sociaux des Hauts de Marcouville. Il s’agissait de rez-de-chaussée, judicieusement placés à proximité des onze loges de gardiens. Mais en quarante ans le bailleur social a externalisé bon nombre de services d’entretien et supprimé six des postes de gardiens d’origine.
Les résidences seniors
Le montant des retraites s’étant amélioré au fil du temps avec l’augmentation des carrières complètes et du travail féminin, les politiques publiques ont préféré favoriser le logement locatif senior par la défiscalisation de l’investissement privé.
Cet effet d’aubaine ne fait pas des loyers accessibles à tous. Ainsi la résidence Cazam à Pontoise ne compte que trois logements à loyer social sur les quatre-vingt-dix appartements. Si les personnes âgées isolées restent chez elles parfois jusqu’à l’impotence complète, ne gardant comme lien social principal que leurs auxiliaires de vie, ce n’est pas tant par goût que par coût. Pour les personnes revendiquant une grande liberté les loyers s’avèrent souvent trop élevés dans les résidences services seniors privées qui ont fleuri partout. Il en est ainsi des réseaux Domitys et Oh Activ à Cergy Cergy.
Certaines villes ont réussi à contenir l’explosion de ces loyers en attirant des résidences senior à services minorés sans proposition de restauration mais conservant des espaces de vie partagés dont une cuisine. Il en est ainsi pour "Les Villages d’Or" de Jouy le Moutier, Osny et Pierrelaye et pour une "Résidence de la Paix" à Menucourt.
Où sont les ex-maisons de retraite ?
Le grand public ne connait guère que les maisons de retraite classique prenant complètement la personne en charge : celles-ci n’existent plus vraiment car cela ne correspond pas aux envies de la population retraitée actuelle. Les seniors d’aujourd’hui veulent mener une vie libre et active, même avec un peu d’assistance. C’est ainsi que bon nombre de maisons de retraites d’autrefois sont devenues des Ehpad (établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes).
Sur l’agglomération de Cergy-Pontoise, on compte l’Ehpad public Saint-Louis à Pontoise et les établissements privés du Menhir à Cergy, du Parc (sous-entendu Lenôtre) à Saint-Ouen l’Aumône, du Château à Neuville, et d’autres à Eragny, Ennery et Osny. Le scandale récent de la maltraitance dans les Ehpad du réseau Orpéa a généré une méfiance grandissante des familles pour les grands réseaux. La priorité des gestionnaires y était manifestement donnée aux généreux dividendes qui incitent les actionnaires à investir à nouveau.
Les co-locations seniors
Le nouvel eldorado des investisseurs va maintenant à l’accompagnement de la dépendance dans de plus petites structures. Ce marché convient mieux à ceux qui répugnent aux formules classiques évoquant trop l’hôpital. On n’y parle plus d’Ehpad mais de logements partagés "professionnellement accompagnés" avec chambre semi-meublée tout confort, et espaces partagés avec coordinateur et auxiliaires de vie.
Ainsi le réseau des maisons de Jeannette accueille entre 8 et 10 personnes âgées (ou non) en structurant l’offre de soin parfois très soutenus. Elle rénove des grandes maisons bourgeoises où elle installe ascenseur et climatisation. Son succès est tel que la société en arrive à construire des petites résidences neuves de plusieurs co-habitats. Il n’y en a pas sur l’agglomération de Cergy-Pontoise mais à Villennes-sur-Seine, Courbevoie, Poissy…
Pour le même esprit la Société Domani construit des petits immeubles pour ses Habitats Partagés de huit personnes âgées. L’espace privatif confortable d’environ 30M2 par personne avec kitchenette minimaliste est complété par des espaces collectifs cuisine, salle à manger pour les repas partagés et salon avec une personne facilitatrice 7 jours sur 7. La facilitatrice peut organiser si besoin les services poussés à la personne et organise une veille de nuit.
En région parisienne La société Cosima inscrit ses « Co-living senior » toujours pour huit à dix personnes dans des immeubles neufs. Ainsi à Saint Cloud, elle réserve une partie d’étage. C’est qu’il faut mettre sur le même plan huit chambres avec sanitaires privés et 150 M2 d’espaces partagés.
Aucune de ces sociétés de co-habitat ne met de limite d’âge aux personnes reçues, il suffit qu’elles puissent régler la facture ! Celle-ci n’est pas mince malgré les aides au logement et à la personne qui restent possible. Peut-on parler alors de logements vraiment partagés entre diverses étapes de le vie ?
L’immobilisme des bailleurs sociaux ou non.
Il s’avère que vivre en co-habitat nécessite de solides moyens en location ou d’être propriétaire.
Autant les acteurs publics incitent les personnes âgées à accueillir chez elle en location un jeune, et c’est accepté par les bailleurs sociaux, autant il ne leur est pas possible de s’installer en logement social en le projetant .
Rares sont les propriétaires privés qui renoncent à la facilité des co-locations étudiantes. Il. y a quelques exemples de co-location ouvertes aux seniors par des bailleurs privés sur le site cohabiting-seniors mais l’offre reste minimaliste.
Quand aux bailleurs sociaux nombreux sur la communauté d’agglomération, ils ne facilitent guère les co-locations. Certains le font de façon ponctuelle pour des étudiants contre le soutien à la scolarité d’enfants du quartier. D’autres publics pourraient en bénéficier : non seulement les personnes âgées devenues isolées, mais aussi les parents isolées qui pourraient ainsi s’épauler au quotidien.
Il serait temps que les collectivités territoriales deviennent pro-actives pour encourager la construction ou la rénovation de logements pour les personnes âgées ou non isolées. Il faut pour cela ne pas se limiter à l’offre de promotion privée si défiscalisées soit-elle. L’exemple de la non-résidence senior de la résidence BelleRive dans les années 2010 le prouve à Pontoise. Les bailleurs privés ont refusé de louer à des retraités pour pouvoir revendre sans contrainte dès la fin de la défiscalisation.



Commentaires